
L’incinérateur d’Ivry n’en finit pas d’alimenter les polémiques. Pourtant poétiquement surnommée la machine à nuages, l’usine dégage dans ses fumées des substances pas vraiment bucoliques, bien que la municipalité et les différents décideurs tendent à minimiser les faits. Le SYCTOM prévoit de la remplacer par un complexe de traitement des déchets qui n’atteindra pas les objectifs environnementaux qui s’imposent à tous.
Un site monstrueux en pleine agglomération
L’incinérateur traite les déchets de plus de la moitié de la ville de Paris et de quatorze villes du Val-de-Marne(1) : c’est le plus grand d’Europe et aussi le plus ancien.
L’incinération est le mode le plus courant d’élimination des déchets : 135 unités d'incinération sont installés dans l’hexagone, ce qui fait de notre pays le n°1 Européen - et de loin ! – dans cette catégorie (2).
Ce choix de traitement n’est pas neutre pour la santé de la population environnante. En effet, si elle traite près de 700 000 tonnes de déchets par an valorisés en énergie (chauffage urbain) et en mâchefers (100 000 tonnes), elle produit également 10 tonnes de poussière, 630 kg de métaux lourds et autres oxydes d'azote, de carbone, dioxyde de soufre, acide chlorhydrique, fluorhydrique, du zinc, du cadmium, du thalium, du mercure et de la dioxine projetés dans l'atmosphère par l'intermédiaire de ses cheminées. Ceux qui sont les plus touchés sont ceux qui vivent dans un rayon de 2 à 10 km autour de l'usine, soit la totalité de Paris et une partie des départements du 92, 93 et 94...selon les vents!
L’incinérateur d’Ivry approche la durée de vie maximale de 40 ans : les travaux sont donc nécessaires. Les projets d’avenir pour notre usine se développent sous la houlette du SYCTOM.
Quel avenir pour notre usine ?
Après plusieurs mois d'analyse et de débat public, le projet de reconstruction de l'usine avancé par le SYCTOM (Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères) prévoit une réduction du tonnage des déchets à traiter, soit 490 000 tonnes, avec un objectif de valorisation énergétique à 100 000 logements fournis en chauffage et eau chaude sanitaire, un équipement de tri mécano biologique pour préparer à la méthanisation(production de biogaz).
Ce projet qui combine à la fois la volonté de réduction des déchets et la valorisation des déchets pour produire de l’énergie pourrait paraître satisfaisant. Et le SYCTOM souhaiterait bien nous faire avaler la pilule sans douleur. Mais c’est raté…
Plusieurs associations Ivryennes regroupées derrière le collectif 3R (Réduire, Réutiliser, Recycler) sont convaincues que le projet envisagé ne respecte pas les préconisations de l'Europe, du Grenelle de l'Environnement et du PREDMA(3). Leurs principales critiques sont les suivantes :
• Afin de répondre aux objectifs du Grenelle de l'environnement et du PREDMA, le projet devrait donner une part prioritaire à un plan de réduction, de réutilisation et de recyclage des déchets pour limiter l'incinération;
• la capacité d'incinération de l'usine ne devrait pas être calculée en fonction du nombre de logements à chauffer quand on sait que cette énergie produit 33% de plus de CO² par KWH qu'une centrale électrique au gaz naturel,
• contrairement à ce qui est proposé (collecte avec déchets plastiques compris), les composts à l'origine de la méthanisation, doivent être issus d'une collecte séparée des déchets (bio-déchets triés à la source) pour être utilisables comme fertilisant par les agriculteurs;
• les analyses des rejets de l'usine devraient être inopinés et surtout inclure tous les composants présents;
• les particules rejetées les plus dangereuses pour la santé sont les plus fines car elles pénètrent les voies respiratoires jusqu'aux alvéoles pulmonaires. L'institut de veille sanitaire (INVS) relève 35 000 décès prématurés par an en lien avec la pollution (principalement des problèmes cardio-vasculaires). Les usines d'incinération participent à environ 5% de la pollution particulaire, les risques étant accrus pour ceux vivant à proximité (augmentés si consommation des produits potagers). Il n'y a donc pas d'innocuité 0 en la matière.
L'impact du centre de traitement des déchets ménagers d'Ivry-Paris XIII est à l'échelle de l'Ile de France tant pour la collecte que pour les rejets de ses cheminées, le débat et la concertation sur son devenir ne sont pas qu'un problème Ivryen....
Mobilisons-nous pour plus de transparence et de cohérence sur le projet envisagé.
Soutenons le collectif 3R:
• pétition en ligne
• contact: collectif3R@gmail.com
• prochain débat le 26/11 à la maison de la citoyenneté sur le tri sélectif
Jeanne-Marie Massip et Frédéric Descos
(1)Cachan, Montrouge, Gentilly, Le Kremlin-Bicêtre, Villejuif, Ivry-Sur-Seine, Vitry-Sur-Seine, Charenton-Le-Pont, Saint-Mandé, Vincennes, Saint-Maurice, Maisons-Alfort, Joinville-Le-Pont, Valenton mais aussi les Ier, IIème, IIIème, IVème, Vème,VIème, Xème, XIème, XIIème, XIIIème, XIVème, XXème arrondissements de Paris.
(2) En comparaison, l'Allemagne arrive en deuxième position, avec seulement 55 unités.
(3) Plan Régional d'Elimination des Déchets

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