lundi 18 janvier 2010

A nos sœurs sans visage...

La burqa en France... un sujet qui fait couler beaucoup d'encre, chacun y allant de son appréciation de la situation. Les uns y voient une affaire politique, quasiment un complot contre la République, les autres la montée d'un intégrisme religieux, et encore d'autres la remise en question de la laïcité, voir un échec de la politique d'intégration (quel vilain mot!)... et la femme sous le voile?

Un sujet pour lequel le gouvernement a jugé que l'importance valait bien la constitution d'une mission parlementaire d'information.
Menée par, et à la demande, du député-maire PCF de Vénissieux (Rhône), André Gerin, avec un rapporteur UMP, Eric Raoult (ligne très sécuritaire, dont on peut se demander s'il porte les couleurs de l'UMP), Maire du Raincy(Seine Saint-Denis), elle est constituée depuis juin 2009.

Elle compte 32 membres (17 UMP, 11 PS-PRG, 2 NC, 1 PCF et 1 Verts) et a commencé ses auditions le 8 juillet et les poursuivra jusqu'au 10 décembre, devant rendre son rapport fin janvier 2010. Jusqu'alors elle a entendu une vingtaine de sociologues, spécialistes de la laïcité ou de l'islam, philosophes et juristes... et la femme sous le voile?

La voilà récurrente la vraie question!

La femme serait un tel objet de désir, pour ne pas dire sexuel, qu'il faille la cacher entièrement?
D'accord, cachons aussi les hommes pour ce qu'ils nous inspirent...

Et que fait-on de son identité, du principe fondamental et propre à toute personne d'avoir droit à un visage qui porte l'héritage de sa vie et de sa culture?
D'accord, soyons tous des clones sans visage pour une société uniformisée sans émotion...

Et les limites de la liberté de chacun à porter ce qu'il veut, de l'acceptation de la différence dans notre République laïque?
D'accord, acceptons tout, y compris les situations discriminantes et inégalitaires, stigmatisantes...

...et dans ce cas faisons aussi table rase de notre histoire et de celles et ceux qui ont aidé à obtenir le droit de vote des femmes. C'était avant hier, le 21 avril 1944 puis hier, concernant le principe de parité en politique dans la constitution, en 1999 et 2000...

Au nom de l’égalité de droit homme-femme, le port du voile intégral(pour ce qu’il représente d’oppression de la femme par la négation de son visage et l'effacement de son être) n'est pas acceptable...et le fait d'être ou non volontaire à le porter ne change rien au problème.

En Europe, quelque pays comme les Pays-Bas, la Suède et l'Italie ont interdit le port de la Burqa. L’Angleterre, de tradition beaucoup plus tolérante jusqu’à présent, souhaite de plus en plus un encadrement légaliste de la question.
André Gerin, déclarait dernièrement dans le journal La Croix qu'il réfléchissait à une "grande loi à caractère symbolique", contre "toutes les situations contraintes dont sont victimes, en particulier, les jeunes femmes".
La loi républicaine entend interdire les discriminations.

Mais faut-il vraiment légiférer? encore...

N'avons-nous pas déjà un arsenal de textes dont l'article 78-2 du Code Pénal qui précise que: L'identité de toute personne, quel que soit son comportement, peut également être contrôlée, [...], pour prévenir une atteinte à l'ordre public, notamment à la sécurité des personnes ou des biens? De plus, l'article 10 de la loi du 21 janvier 1995, indique que : [...]. - La transmission et l'enregistrement d'images prises sur la voie publique, par le moyen de la vidéosurveillance, peuvent être mis en oeuvre par les autorités publiques compétentes aux fins d'assurer la protection des bâtiments et installations publics et de leurs abords, la sauvegarde des installations utiles à la défense nationale, la régulation du trafic routier, la constatation des infractions aux règles de la circulation ou la prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés à des risques d'agression ou de vol. [...] Le public est informé de manière claire et permanente de l'existence du système de vidéosurveillance et de l'autorité ou de la personne responsable.

L'on conclura que le port de la burqa, ou du niqab, est incompatible avec l'application de ces textes dans la mesure ou il fait entrave à l'identification des personnes.
Néanmoins cela ne résoudra les situations de réclusion, d'exclusion des personnes qui pourraient être aidées par le travail de terrain de professionnels, d'associations, éventuellement religieuses.
...et souvenons-nous que c'est grâce au niqab que la journaliste Soudanaise Loubna Ahmed al-Hussein, condamnée à 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon jugé "indécent", a réussi à quitter clandestinement son pays et se rendre en France!

Jeanne-Marie MASSIP

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