samedi 7 novembre 2009

Centre de traitements des déchets d’Ivry : un débat de sourds

La Commission Nationale de Débat Public organise depuis deux mois déjà un débat public sur le projet du SYCTOM de rénovation d’usine de traitement des déchets d’Ivry. Jeudi, commençait une série de quatre débats dans les localités concernées, et qui s’étaleront sur tout le mois de novembre.

Initiative bienvenue

Tout d’abord, saluons cette heureuse initiative : pour une fois un projet important pour la vie des citoyens est débattu avant que les décisions soient prises (enfin, en apparence). Saluons aussi les moyens mis en œuvre pour que ce débat ait lieu dans de bonnes conditions, et le sérieux de l’organisation.

Petit bémol : malgré un tractage intensif, la salle était pleine au tiers, remplie très majoritairement par les associations militantes et les représentants ou les proches du SYCTOM. Ce qui en dit long sur la difficulté à mobiliser la population sur des sujets pourtant proches des préoccupations des citoyens.

La conséquence de la faible représentation du citoyen lambda est que le débat tourne en rond. En effet, les protagonistes débattent depuis un petit moment entre eux, sans arriver à trouver le moindre début de convergence. Jeudi soir, ils ont continué leur petite routine : le SYCTOM expliquant pourquoi il a raison, et les associations remettant sans cesse en cause la genèse du projet.

Horizon 2023

Le représentant du SYCTOM explique que le mode préférentiel est le TMB (tri, méthanisation, combustion si j’ai bien compris), avec le maintien de l’incinérateur, nécessaire pour la destruction de certains types de déchets que l’on ne peut éliminer autrement, qui permettra de fournir de la chaleur pour divers logements, comme le fait l’actuel incinérateur.
Le projet est à horizon 2023, pour une usine qui sera en activité au moins jusqu’en 2043. Autant dire qu’on est dans du prospectif lointain. Elle devra traiter 490 000 tonnes de déchets du bassin versant, et 110 000 tonnes de déchets en provenance de Romainville destinés à l’incinération. Les capacités de traitement seront donc inférieures à l’actuel incinérateur (770 000 tonnes), pour tenir compte de la baisse tendancielle de la production de déchets ménagers. Le projet s’intégrera au mieux au paysage.

Tout ça au milieu d’un tas d’explications en termes hyper-complexes dont on a l’impression qu’ils sont surtout destinés à endormir le néophyte comme moi et à lui faire comprendre qu’il n’y connaît rien et qu’il devrait laisser faire les experts.

Une charmante intervenante du BRGM (dont personne n’a jugé utile de nous expliquer ce que c’est, tellement ça devait être évident) a essayé de comparer différents modes de traitement des déchets, en expliquant que tout ça c’est compliqué, et qu’il ne vaut donc pas mieux remettre l’étude en cause. Tout ça pour en conclure que le projet du SYCTOM est le plus performant et le moins polluant. Soit. On est obligé de la croire.

Des questions sans réponses

En opposition au projet (des farfelus sympathiques Amis de la Terre aux associations de quartier), les associations critiquent le manque d’ouverture du projet, et posent diverses questions :
- Pourquoi faut-il maintenir l’incinérateur ?
- Pourquoi ne met-on pas les moyens sur la prévention plutôt que sur le coûteux traitement des déchets ?
- Pourquoi survalorise-t-on la capacité de traitement ?
- Peut-on espérer une cohérence des politiques de prévention sur les déchets (de la responsabilité communale) et de la politique de traitement (de la compétence du syndicat intercommunal) ?
- Quelle répartition des efforts de gestion des déchets au sein de l’intercommunalité, Ivry ayant l’impression de payer constamment pour une bonne partie du reste de la région parisienne ?
- Pourquoi n’y a-t-il pas d’études sérieuses sur la santé ?
- Quels effets sanitaires engendrera la méthanisation en milieu urbain ?
- Pourquoi s’arroger une mission de vendeur d’énergie, qui peut aller en contradiction avec l’objectif de réduction des déchets ?

Cette dernière question est illustrative : pour valoriser le traitement des déchets, on produit de l’énergie que l’on revend aux HLM. Or, une fois que l’on a signé un contrat avec la société d’HLM, on est obligé de lui fournir de l’énergie, quitte à incinérer plus qu’il n’en est réellement besoin. Au total, la production d’énergie devient un objectif, obligeant de maintenir une quantité minimale de traitement de déchets, au détriment de l’objectif de réduire la quantité de ces déchets.

Au total, malgré son peu de volonté à débattre, le projet du SYCTOM semble bien ficelé, et pour l’intérêt général de l’intercommunalité (à défaut de celui d’Ivry), on ne peut guère s’y opposer. L’idéal serait qu’il serve le moins possible, avec l’appui d’une politique intercommunale volontariste de la part de nos élus.

A suivre jeudi prochain à Charenton. Je n’y serai pas. Tant pis …

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