Jeudi 29 janvier 2009. Le conseil municipal d’Ivry se rassemble pour voter le budget de l’année (entre autres).
C’est la première fois que je participe à une séance de conseil municipal.
Je dois d’abord m’habituer à la logorrhée communiste, constamment en combat contre la droite réactionnaire : on présente un budget de résistance, on est solidaire avec la population de Gaza en résistance à l’oppression juive, on lutte contre la fermeture de l’hôpital Jean Rostand. Bref, quand on est à gauche de la gauche (terme élégant pour ne pas dire extrême gauche), tout acte est une bataille courageuse contre les méfaits de la politique réactionnaire du gouvernement. Il paraît même qu’à la fin du XIXème siècle, un certain M.Roussel s’est couché sur les voies pour obtenir que l’on fasse une gare à Ivry. Vous vous rendez compte ? Bon, ce soir-là, personne n’a jugé utile de proposer de faire pareil pour que le train s’arrête un peu plus fréquemment aux heures de pointe. En même temps ce n’était pas le sujet.
Notre conseil municipal présente toute la palette du rouge et du vert : le parti communiste bien sûr, le PS bien entendu, mais aussi la LCR, lutte ouvrière, le groupe radical écologiste et citoyen, et les Verts (je dois sans doute en oublier). J’ai pu faire le constat des légères nuances philosophiques et politiques qu’il y avait entre eux.
L’opposition, ben eux ils ne sont que quatre : ils votent tout comme M.Castelnau, qui est le seul à parler. On ne sait pas pourquoi, d’ailleurs. Il commence très fort : il se présente contre M.Bouyssou pour être secrétaire de séance. Au moment du vote, il vote pour lui et aussi pour M.Bouyssou. Le Maire, M.Gosnat, a donc beau jeu de se moquer de lui, en rappelant au passage que la démocratie avait certaines règles et qu’on ne pouvait voter qu’une fois. Ce sera l’apport le plus flamboyant de la droite au débat municipal ce soir-là.
On discute de Gaza : la mairie veut donner une subvention de 2 500 euros chacun au Secours Populaire et à la Croix-rouge. C’est bien. C’est une mini-paille dans le budget communal et ça permet à tous nos élus de gauche de faire un long discours sur la situation au Proche-Orient. Je ne savais pas qu’un Conseil Municipal d’une ville de banlieue avait compétence à donner son opinion là-dessus. Mais bon, passons…
A ce propos, plus on est à gauche et moins on aime Israël. Chez certains, on pourrait croire qu’ils pensent sincèrement qu’Israël prend plaisir à faire la guerre. Il n’y a qu’un méchant : c’est Israël, responsable de tous les maux dans cette région. J’avoue que je ne suis pas un expert sur ce conflit, et loin de moi l’idée de dédouaner Israël de ses responsabilités, mais enfin, il me semble qu’on aurait pu parler du Hamas pour être un peu plus objectif.
Pour le budget, le pékin de base comme moi a droit à une feuille avec quelques chiffres et quelques graphes, donc des informations minimalistes. Les élus, eux, ont un dossier super épais. A priori, on a l’impression de couper des arbres pour le plaisir : la quasi-totalité des élus vote comme le chef de file sans rien dire. A quoi ça sert un élu qui ne dit rien pendant le Conseil Municipal ?
En tous cas, M.Bouyssou est tout fier de montrer l’intérêt de la toute nouvelle comptabilité de gestion mise en place à Ivry : on peut arriver à savoir pour quelle politique publique la mairie compte dépenser ses sous. A la bonne heure ! Cela s’appelle la comptabilité analytique, inventée dans les années 1930 dans le monde industriel, et qui arrive en terre communiste dès 2009. Enfin, mieux vaut tard que jamais.
Il faut savoir que le budget n’augmente pas assez. On n’a quasiment pas pu créer de postes de fonctionnaires : seulement cinq créations. Personne n’a l’air de remarquer que les frais de personnel sont de 71,6 millions d’euros. Supposons qu’un employé municipal coûte en moyenne 40 000 euros, ça nous fait près de 1 800 employés à la mairie, pour une ville de 54 000 habitants. Ca ne fait pas un peu beaucoup ? A ce prix-là, a-t-on réellement un niveau de service public satisfaisant ? Car il faut le savoir : nous sommes dans une des villes les plus riches du Val-de-Marne, plus riche que Charenton par exemple. Pourquoi donne-t-elle l’impression d’être aussi pauvre, sale, affreuse, et impossible à déneiger dès qu’il tombe 5 centimètres ? La question a été à peine effleurée par la droite (bon, pour la neige c’est arrivé après le conseil municipal…).
En plus de tout ça, la ville s’endette : elle emprunte 17 millions d’euros alors qu’elle n’en rembourse que 8. Pourquoi ? Parce qu’elle ne dégage qu’un très faible autofinancement (1,5 millions d’euros) pour financer ses investissements, qui s’élèvent à 38 millions d’euros. Donc, il faut emprunter. Et payer annuellement 4 millions d’intérêts de la dette. Bon, il paraît que les autres villes font pareil, alors c’est que ça doit être bien. Tout ça, c’est moi qui vous le dit, car aucun des 45 élus n’a remarqué ça, pas même la droite dont on peut douter du sérieux de leurs travaux d’opposition.
Quoi qu’il en soit, tout ça est de la faute du gouvernement, qui n’augmente pas les dotations globale de fonctionnement et qui menace de supprimer la dotation de solidarité urbaine. Il faut dire que si l’on veut critiquer tout ce qu’il y a à critiquer sur le gouvernement, on pourrait y passer toute la nuit. Alors là, nos élus de gauche s’en donnent à cœur joie, c’est facile pour eux en ce moment. Mais bon, ça ne doit pas faire oublier que la ville pourrait être gérée correctement.
Sinon, d’autres sujets ont été abordés : la tenue des assises 2009 sur la jeunesse (premières assises du monde, oui madame !). Tout cela avec plein de bons sentiments et de bonne volonté. Si c’est bien fait, ça pourrait être génial. Si c’est de la pure com’ politique, ce seront des impôts dépensés en vain. A suivre, donc.
Il y a aussi la création d’un syndicat mixte, « Paris métropole », regroupant des communes de Paris et de la petite couronne, pour élaborer une réflexion autour de problématiques communes. Rien de bien clair, mais ça ne mange pas de pain. Comme le dit M.Aberdam de la LCR, l’idéal serait d’éviter l’empilement des structures intercommunales en absorbant les autres plutôt qu’en en créant une supplémentaire. Vœu de bon sens, qui n’a pas eu beaucoup d’écho.
Voilà, c’est à peu près tout ce qui s’est dit ce soir-là. C’était finalement assez intéressant. J’y retournerai bien. Dommage, il n’y aura pas de séance en février. On verra pour mars, alors.
Fred
mercredi 4 février 2009
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